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04 décembre 2007

Florian ZELLER, de F à Z [3]

af88d4e68622fbca1b0b63791a62815a.jpg"J'aurais dû me coucher plus tôt la veille, me suis-je dit"

 Le narrateur expose ses regrets. Mais on voit bien là toute la tragédie de l'humain, qui le soir, au moment d'aller se coucher, croit naïvement qu'il peut empiéter sur son temps de sommeil sans avoir un jour à le payer au prix fort. En l'l'occurrence, se payer une crise de bâillements le jour d'après au petit matin. Aucune négligence n'est épargnée. L'homme doit être une créature dotée de perfection. Il doit boire sa verveine, se brosser les dents et s'allonger. Et fermer le robinet à pensées. Cela demande du courage et un certain entraînement. A l'instar de George Sanders, dans son rôle mémorable de maître d'école.

Notons ici que le héros a cette pensée regrettive, sans prévenir. Plop. "Ah, chuis con, c'est malin, chuis naze maintenant..."

Notons également que ledit héros aurait pu envisager de se coucher plus tôt l'avant-veille, mais ici pas d'équivoque. Les regrets portent sur la veille. Unité de temps magnifiée par l'auteur. C'est beau.

"Mais ce n'était pas mon genre". 

 Et vlan, malgré notre comprenure de la bobo attitude et du noctambulisme du narrateur, l'auteur insiste pour que la moindre incertitude disparaisse à jamais des esprits les plus congestionnés de ses lecteurs. Remarquons le zeste d'auto-dérision dans le choix du vocable "genre". L'auteur ne parle pas d'habitude, de contingence, de mode de vie. Il parle de "genre".

Le genre humain couche tard.

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 Rappelons que l'idée de la présente chronique est piquée à Eve Lisbon, grande admiratrice de Florian Z.

 

 

03 décembre 2007

Florian ZELLER, de F à Z [2]

5b43d7e72e29132b6b07daeab64e186c.jpg "Il faisait encore nuit, et je n'avais pratiquement pas dormi".

Se réveiller alors qu'il fait encore nuit signifie soit que l'action se déroule en hiver, soit qu'elle se déroule en Norvège, soit que le narrateur, heureux, va faire un long voyage, avec taxi, file indienne à Roissy et incidents techniques sur le charter.

Pour l'heure, c'est donc le suspense...

En outre, nous avons d'ores et déjà la confirmation que le héros se couche tard, à moins qu'il ne s'agisse d'une marmotte, laquelle va alors, nécessairement, rencontrer Bill Murray.

Notons l'utilisation moderne de l'adverbe "pratiquement", au sens de "presque". Si j'avais un minimum de culture, je trouverais une jolie formule barthienne (rien à voir avec le fils Simpson). Je vais chercher dans mon Gradus...

Bref, Mister le héros a des valises au pied du lit, et d'autres sous les yeux (remarquez l'originalité de la diaphore)...

02 décembre 2007

Florian ZELLER, de F à Z [1]

A la façon de Roland BARTHES, la culture et l'intelligence en moins, j'ose m'attaquer à un chef d'oeuvre de la littérature française: "La fascination du pire", de Florian ZELLER. L'analyse sera terminée vers 2018.

Commençons.

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"Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage".

Cette phrase d'accroche nous plonge dans l'action immédiate. Il s'agit d'un "moment", d'un instant. L'auteur pose sa plume comme un point. Le point de départ. Nous savons déjà que nous ne nous traînerons pas dans un roman nostalgique, orientaliste ou hypothyroïdique, mais que nous bondirons dans une œuvre moderne, beigbederienne, anti-durassique, dans une œuvre frénétique et vitaminée.

Et ce n'est pas n'importe quel moment, c'est LE moment ! Celui du battement d'aile de papillon qui va provoquer une aérophagie violente à un quelconque dictateur d'opérette, ou libérateur au pif enfariné.

Et ce moment, c'est celui où un appareil, diabolique mais para-ANPE, le réveil, entre en action. Ce n'est pas le héros qui se gratte, c'est une mécanique froide qui sonne la charge héroïque dans l'action. Nous allons dévaler vers un champ de bataille couvert de péripéties croisant le fer d'une cinématique textuelle barbare et j'adore tirer à la ligne en me perdant dans une logorrhée irrépressible.

Pour résumer: le ding dong du réveil donne le LA.

Oui, me direz-vous (si vous daignez m'adresser la parole), mais zaprès ?

Ben après c'est foutu. Y'a du bobo dans l'air (comme aurait pu le chanter Souchon). On imagine déjà le héros-narrateur larvé dans son lit en 160, blafard, les paupières gonflées d'une soirée trop arrosée, trop tactile, trop flambeuse (à défaut d'être flamboyante). Et on découvre son pavlovisme freudien, le mental déformé par des années (des mois) d'analyse supraculopétomane. Le regret d'avoir accepté un voyage...

Nous imaginons déjà l'effort engendré par l'acceptation d'une pollicitation dans les locaux bariolés (mais chics) d'une agence de voyage du 8ème. Aller promener son humanité au milieu d'autochtones non francophones, quelle épreuve... Sans parler de ce contact forcé des autres passagers et du personnel au sol.

Le héros avait donc accepté. Belle âme... Il avait accepté un voyage qu'on imagine fondé sur de troubles ou pour le moins sur de complexes desseins, un renvoi d'ascenseur, une dette de jeu, un petit arrangement entre amis...

Mais le héros regrette déjà. Sans doute, le double effet Casio: 1) Je te réveille. 2) Je te mets de mauvaise humeur.

Ne nous leurrons pas, cependant: Le héros va regretter mais il ne reculera pas devant l'aventure. Car il sait bien que l'éditeur n'aurait pas accepté un roman de trois lignes...

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Ce premier jet analytique (rien à voir avec l'analyse des jets) est directement inspiré de l'étude d'Eve Lisbon, parue dans le Skyrock-Diplomatique en 2006...

(à suivre)

 
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