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18 février 2008

Un certain magistrat aixois...

479f61eb74f3f6756a30683ae2c720b1.jpgEn 1495, vint au Monde Jean MAYNIER, fils d'un haut magistrat provincial, Accurse MAYNIER.

Ce dernier avait été ambassadeur à Venise, avait approché le Pape et tout le personnel ecclésiastique franco-italien. Il fut également Président à Aix. Pour son malheur, lors d'un conflit politique qui suivit le rattachement de la Provence à la France, il prit parti pour le mauvais camp et fut rétrogradé comme troisième vice-président au Parlement de Toulouse, à la suite de sombre manoeuvres de "concurrents".

Il faut dire qu'à cette époque les magistrats étaient carriéristes et n'hésitaient pas à abuser de leur influence ou de leur pouvoir (ou des deux) pour démolir un "collègue". C'était même, avant les calissons, une spécialité aixoise.

Lorsque Jean MAYNIER entreprit la carrière de magistrat, il n'oublia pas la leçon. Il fut très vite conseiller puis président et enfin Premier-Président au Parlement d'Aix. Il était en même temps prévôt à Cavaillon où il vivait grassement. A force de se bâtir un réseau de relations très solides, il fut annobli par le Pape et prit le titre de baron d'Oppède. A partir de là, il rêva de puissance et de fortune. Il se fit bien voir du Connétable Anne de Montmorency et tissa des liens entre la Cour du Roi et son personnel judiciaire de manière fort complexe.

Deux de ses gendres devinrent conseillers dans son parlement.

Il se trouve qu'à la fin des années 1530, il avait en tête d'alléger une noble du Luberon d'une partie de ses biens. Certains contemporains dirent qu'il en voulait à cette jeune veuve depuis qu'elle avait repoussé ses insistantes avances.

Les terres d'icelle étaient alors occupées (et labourées) par les Vaudois. Or ceux-ci étaient assez mal vus de l'Eglise, au moment même où Luther posait problème. On les assimilait alors aux proto-réformés...

Notre bon Jean MAYNIER-D'OPPEDE oeuvra pendant quatre ou cinq ans pour obtenir du roi François Ier des Lettres Patentes contre quelques Vaudois que son Parlement avait condamnés.

Il y parvint enfin en 1545 alors que Montmorency avait été écarté des affaires au profit du Cardinal de Tournon, et alors que ledit roi était bien malade et fortement influençable.

Le petit huissier Courtin qui avait arpenté les couloirs du Palais de Fontainebleau pour obtenir la signature des lettres patentes, revint dès sa mission accomplie, au triple galop vers Aix.

Maynier avait pendant ce temps rassemblé des troupes de mercenaires fort bien armées. Et en avril 1545, tout juste 400 ans avant la fin d'un cauchemar de plus terrible ampleur, Maynier envoya ses troupes sur les villages du Luberon (dont Mérindol) où vivaient les Vaudois.

Les lettres du roi autorisaient Maynier à "exécuter" (c'est à dire à arrêter) une dizaine de Vaudois. Or ce furent 3000 pauvres gens qui furent torturés et massacrés avec une cruauté que l'on n'avait plus vue en Provence depuis des siècles.

Pendant que les troupes attaquaient depuis Cavaillon, quelques groupes armés aux ordres du Premier Président prenaient les fuyards à revers et leur confisquaient leur troupeaux et leur biens. A la tête d'un de ces groupes, se trouvait Valéry Rey Passaire, apothicaire ambitieux de Simiane-la-Rotonde, et fils par ailleurs du juge de Forcalquier, Antoine (ou Elzéard) Passaire.

A l'issue de ce massacre, les survivant se réinstallèrent plus ou moins bien et récupérèrent ce qu'ils purent.

Mais PERSONNE n'osa, pendant plusieurs années élever la voix ou déposer un plainte à l'encontre du Premier Président. Même les conseillers du Parlement qui avaient manifesté leur opposition au massacre craignaient par dessus tout ce personnage puissant et protégé.

Ce fut finalement un pauvre paysan qui eut tout seul le courage de porter une plainte auprès du Parlement de Paris. Une enquête fut lancée depuis la capitale. Il faut dire que le grand Montmorency avait repris les rênes et voulait remettre en cause la gestion du Cardinal de Tournon.

L'excellent magistrat parisien Aubery requit avec sévérité contre Maynier, mais aussi contre Guérin, procureur du Roi à Aix, et leurs sbires divers (ses réquisitions sont publiées chez Edisud, avec les commentaires de G. Audisio).

Maynier passa de longs mois en détention au Fort de Vincennes.

Vint le procès. On vit alors intervenir en faveur de Maynier tout un ensemble de puissants européens, et surtout le Pape en personne.

Les historiens en ont déduit que Maynier avait rendu de grands services autour de lui, ne serait-ce qu'en faisant disparaitre 3000 hérétiques...

Et comme toujours dans ce genre de procès où de "grands" messieurs sont coaccusés, chacun se renvoya la balle. La pauvre Guérin, dont les historiens s'accorde pour dire qu'il n'eut qu'un rôle secondaire en comparaison de Maynier, fut écrasé lors du procès, à l'encontre même des réquisitions. Maynier eut une peine de principe et quelques intérêts à verser aux rares victimes constituées. Par contre Guérin, le Procureur, fut condamné à mort et exécuté.

Maynier ne fut même pas privé de sa charge de Premier Président et repris tranquillement le cours de sa vie riche en épices et attentions.

Son réseau de relation avait fonctionné à merveille.

Il mourut en 1558, à l'âge de 63 ans d'un vulgaire problème de vessie.

Il légua son nom et ses titres à ses petits-fils rattachés à la lignée des Forbins.

Toute cette histoire nous fait remonter à une époque où de nombreux magistrats étaient avides de pouvoir, de privilèges et d'argent, où ils se tissaient peu à peu des réseaux riches et variés pour asseoir leur influence et leur fortune, où ils mélaient hideusement leurs propres intérêts avec leur mission de Justice, où ils rendaient des services et s'en faisaient rendre, où ils oeuvraient dans l'ombre.

Le monde a bien changé et nul doute qu'aujourd'hui aucun magistrat n'assisterait sans broncher à des forfaitures chroniques.

(Texte original de novembre 2000, reproduction interdite)

03 février 2008

Brutus aux Jeux Olympiques

a28b7678ef823b6726bbdf605115969e.jpgMalgré les critiques négatives dopées à la potion magique, je m'en suis allé voir le dernier opus astérixien, en arborant une parfaite neutralité, afin de jauger l'œuvre cinématographique.

Notons, ab initio, que le scénario n'a pas dû engloutir beaucoup de sesterces, et que souvent l'humour manque de second degré. Mais il n'en reste pas moins que d'autres éléments restent suffisamment positifs pour sauver le film.

Primo, Benoît POELVOORDE. Il est LA vedette du film. Bon, c'est du Monsieur Manatane au bon lait de brebisse, mais il sait jouer avec subtilité dans les cordes de la perfidie. Il est épatant.

Face à lui, Alain DELON, disposant d'une bonne dose d'autodérision, d'adéquation au rôle césarissime, bon alter ego (sic) de Brutus.

Gérard DEPARDIEU, parodiant Cyranus de Bergeracum, tout en bonhommie. Il a, depuis le premier épisode, parfaitement assimilé la psychologie du personnage d'Obélix. Son rôle est néanmoins plus que réduit, à l'instar de celui d'Astérix, bien campé par Clovis CORNILLAC mais sans grand chose à faire. Idem pour Stéphane ROUSSEAU.

Ajoutons les apparitions réjouissantes de Franck DUBOSC (excellent), Alexandre ASTIER (arthurien), Jean-Pierre CASSEL (un peu trop beau pour le rôle, mais son regard fatigué pour les raisons que l'on imagine, fait merveille, à de trop courtes reprises), Michael HERBIG (très drôle dans le rôle de l'esclave muet) et Vanessa HESSLER (pour sa seule plastique...).

De bons effets spéciaux, quelques répliques croustillantes.

Une superproduction inégale mais un vrai divertissement. Un peu trop de guest stars, peut-être...

Bref, entre la dithyrambe druckienne et le massacre téléramaïste, on peut apprécier cette toile cartoonesque à sa juste valeur.

Une grosse friandise au goût légèrement synthétique mais qu'on peut grignoter avec gourmandise.

 
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